Adam & Eve, nouvelle exposition à Paris, septembre 2018

Adam et Eve, de la poussière à la résurrection

       Les deux récits de la création de l’homme dans le livre de la Genèse m’interpellent encore aujourd’hui chaque fois que je pense au corps humain et à sa spiritualité dans mon travail artistique. Comme le philosophe français contemporain Martin Steffens l’a expliqué avec une précision presque poétique dans sa manière originale d’analyse entre psychologie et physique, notre âme semble avoir sa peau invisible sur la peau visible de notre corps. C’est intéressant de remarquer que le toucher sur la peau et la nudité du corps évoque souvent une honte immédiate, maladie permanente de l’âme, marque du péché originel d’Adam et Eve, bien présent dans notre conscience jusqu’aujourd’hui. C’est peut-être juste un jeu de conscience et subconscience dans l’esprit humain. Ce qui me touche profondément dans ce thème d’Adam et Eve se résume pour moi pourtant en des mots différents : « rapport entre la culpabilité et la beauté ». Cette histoire du péché originel et celle de la honte, de la condamnation et de la fuite ne sont pas propre au christianisme, mais elle concerne notre nature humaine en général sans rapport nécessaire avec des cultures ou des religions spécifiques. Seule la conscience humaine connaît la culpabilité, les mensonges, les accusations et la laideur. Mais je l’interprète à ma manière comme un refus de la beauté. Adam et Eve, deux êtres sublimes en leur beauté au niveau le plus achevé du sixième jour de la création divine, s’éloignent de leur beauté par orgueil sous le coup d’un fort sentiment de honte en entrant dans la tentation du mal qui introduira l’histoire de la laideur. Cet éveil à la laideur, à la honte et au mal, en seul mot m’intéresse irrésistiblement. Une transformation de la beauté en monstruosité s’opère. Le résultat en est que Adam et Eve sont chassés du jardin d’Eden, leur bonheur permanent. Mais Dieu est juste et bon en dépit des châtiments qu’il inflige à l’homme. Il vient parmi les hommes en tant que fils de l’homme afin de réparer cette mort de la beauté perpétuelle. Une fois le jardin d’Eden fermé, il a créé une autre demeure par Jésus et sa mère la Vierge Marie. Le salut apparaît désormais par une autre image de la beauté : « le royaume des Cieux pour ceux qui ont ressuscité de la mort ». Adam et Eve revêtent une nouvelle image de beauté plus magnifique encore comme Jésus et Marie nous le témoignent par leur vie. Adam et Eve forment un seul corps selon la volonté de Dieu dans le livre de la Genèse. Il en est de même pour Jésus et Marie en tant que mère et fils dans cette transformation divine. L’amour corporel devient ainsi l’amour saint. Tout cela me semble très riche de sens extrêmement profonds et larges. Ce qui est le fondement et l’édifice du christianisme. L’éloge de la sainteté comme une nouvelle forme de beauté et l’art comme son défi. L’art ne se repliant pas sur lui-même, mais s’ouvrant sur un autre horizon difficile à définir préalablement. Cette nouveauté m’attire. L’art peut toucher alors l’éternité, temps de Dieu par la vision qu’il donne des choses de la terre. Ciel et terre seront ainsi réunis à la fin sur cette horizon imaginaire certes mais qui puisera sa substance bien concrète du réel de la terre. C’est là mon souhait le plus cher et mon espérance.

Chartres le 13 septembre 2018  

Eden Jung-Wook PARK

Adam and Eve, from dust to resurrection

The two stories of the creation of man in the book of Genesis still challenge me today when I think of the human body and its spirituality in my artistic work. As Martin Steffens, the French contemporary philosopher explained with almost poetic precision through his original way of analysis between psychology and physics, our soul seems to have its skin invisible on the visible skin of our body. It is interesting that the touch on the skin and the nakedness of the body often evoke an immediate shame, permanent disease of the soul, mark of the original sin of Adam and Eve, present in our consciousness until today. It may just be a game of consciousness and subconsciousness in the human mind. What touches me deeply in this theme of Adam and Eve is summed up for me yet in different words: « the relationship between guilt and beauty ». This history of original sin and that of shame, condemnation and flight doesn’t belong fundamentally to Christianity, but it concerns our human nature in general without any necessary relation to specific cultures or religions. Guilt, lies, accusations and the consciousness of ugliness are only the prerogative of human consciousness. But I interpret it always in my way as denial of beauty. Adam and Eve, two sublime beings of beauty at the most perfect level of the sixth day of divine creation, fled from its beauty because of a deep sense of shame by entering into the temptation of evil that will introduce the ugliness in the history of mankind. This awakening to ugliness, shame, evil seems irresistibly interesting to me. A transformation of beauty into monstrosity takes place and, as a result, Adam and Eve are driven out of the Garden of Eden, their permanent happiness. But God is righteous and good despite the punishment he inflicted on men. He comes among men as a human being to repair the death of perpetual beauty. He created another dwelling by Jesus and his virgin mother Mary after closing the Garden of Eden. Salvation now appears in another image of beauty: « the kingdom of heaven for those risen from the dead ». As a result, Adam and Eve take on a new image of more magnificent beauty as Jesus and Mary testify to us with their lives. Adam and Eve form one body according to the will of God in the book of Genesis. Jesus and Mary do the same as mother and child in this divine transformation. The corporal love thus becomes the holy love. All this seems to me very rich in meaning, extremely deep and broad and this is Christianity. A praise of holiness as a new form of beauty, art as a challenge of new form of beauty. Art that does not fall back on itself, but that opens on another horizon difficult to define beforehand. This novelty attracts me. Art can then touch eternity, the domain of God in his earthly vision. Heaven and earth will meet at the end on this imaginary horizon, but which will draw its concrete substance from the reality of the earth. This is my dearest wish and my hope.

Chartres, September 13th, 2018

Eden Jung-Wook PARK

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