Adam et Eve, de la poussière à la résurrection

Les deux récits de la création de l’homme dans le livre de la Genèse m’interpellent encore aujourd’hui chaque fois que je pense au corps humain et à sa spiritualité dans mon travail artistique. Comme le philosophe français contemporain Martin Steffens l’a expliqué avec une précision presque poétique dans sa manière originale d’analyse entre psychologie et physique, notre âme semble avoir sa peau invisible sur la peau visible de notre corps. C’est intéressant de remarquer que le toucher sur la peau et la nudité du corps évoque souvent une honte immédiate, maladie permanente de l’âme, marque du péché originel d’Adam et Eve, bien présent dans notre conscience jusqu’aujourd’hui. C’est peut-être juste un jeu de conscience et subconscience dans l’esprit humain. Ce qui me touche profondément dans ce thème d’Adam et Eve se résume pour moi pourtant en des mots différents : « rapport entre la culpabilité et la beauté ». Cette histoire du péché originel et celle de la honte, de la condamnation et de la fuite ne sont pas propre au christianisme, mais elle concerne notre nature humaine en général sans rapport nécessaire avec des cultures ou des religions spécifiques. Seule la conscience humaine connaît la culpabilité, les mensonges, les accusations et la laideur. Mais je l’interprète à ma manière comme un refus de la beauté. Adam et Eve, deux êtres sublimes en leur beauté au niveau le plus achevé du sixième jour de la création divine, s’éloignent de leur beauté par un orgueil sous le coup d’un fort sentiment de honte en entrant dans la tentation du mal qui introduira l’histoire de la laideur. Cet éveil à la laideur, à la honte et au mal m’intéresse irrésistiblement dans mon combat spirituel quotidien. Une transformation de la beauté en monstruosité s’opère à cette prise de conscience. Le résultat en est que Adam et Eve sont chassés du jardin d’Eden, leur bonheur permanent. Mais Dieu est juste et bon en dépit des châtiments qu’il inflige à l’homme. Il vient parmi les hommes en tant que fils de l’homme afin de réparer cette mort de la beauté perpétuelle. Une fois le jardin d’Eden fermé, il a créé une autre demeure par Jésus et sa mère la Vierge Marie. Le salut apparaît désormais par une autre image de la beauté : « le royaume des Cieux pour ceux qui ont ressuscités de la mort ». Adam et Eve revêtent une nouvelle image de beauté plus magnifique encore comme Jésus et Marie nous le témoignent par leur vie. Adam et Eve forment un seul corps selon la volonté de Dieu dans le livre de la Genèse. Il en est de même pour Jésus et Marie en tant que mère et fils dans cette transformation divine. L’amour corporel devient ainsi l’amour saint. Tout cela me semble très riche de sens extrêmement profonds et larges. Ce qui est le fondement et l’édifice du christianisme. L’éloge de la sainteté comme une nouvelle forme de beauté et l’art comme son défi. L’art ne se repliant pas sur lui-même, mais s’ouvrant sur un autre horizon difficile à définir préalablement. Cette nouveauté m’attire. L’art peut toucher alors l’éternité, temps de Dieu par la vision qu’il donne des choses de la terre. Ciel et terre seront ainsi réunis à la fin sur cette horizon imaginaire certes mais qui puisera sa substance bien concrète du réel de la terre. C’est là mon souhait le plus cher et mon espérance.

Chartres le 13 septembre 2018  

Eden Jung-Wook PARK